État des lieux · N° 01 · Énergie

Le barrage de Lom Pangar

Par Kaljop Bakouba, cofondateur de L'Éveil · 2026 · 7 min de lecture
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Cet article fait partie de la série hebdomadaire État des lieux, dans laquelle L'Éveil examine, projet par projet, l'avancement réel des grandes stratégies nationales de développement du Cameroun. Lire l'article de lancement de la série →

Le projet

Le barrage hydroélectrique de Lom Pangar est situé dans la région de l'Est, département du Lom-et-Djerem, arrondissement de Belabo. La première pierre a été posée le 3 août 2012 par le président Paul Biya. La construction a été confiée à l'entreprise chinoise China International Water & Electricity Corporation (CWE), sous la maîtrise d'ouvrage d'Electricity Development Corporation (EDC), l'entreprise publique de patrimoine du secteur électrique.

Le projet a mobilisé cinq bailleurs de fonds : la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Agence française de développement (AFD) et la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC). Le coût global est généralement cité à 240,9 milliards de FCFA selon plusieurs sources économiques camerounaises, même si une source évoque un coût final proche de 300 milliards de FCFA — un écart qui, à lui seul, illustre le manque de clarté persistant sur le financement exact du projet.

La promesse initiale

Lom Pangar devait remplir deux fonctions. D'abord, réguler le débit du fleuve Sanaga — qui concentre l'essentiel du potentiel hydroélectrique du pays — grâce à un réservoir de 6 milliards de mètres cubes, afin de stabiliser la production des barrages situés en aval. Ensuite, alimenter directement la région de l'Est via une centrale au pied du barrage (« usine de pied ») d'une capacité de 30 mégawatts, avec un programme d'électrification annoncé pour 150 villages de la région.

Ce que l'on sait aujourd'hui

La fonction de régulation du fleuve est opérationnelle depuis la mise en eau du réservoir en septembre 2015. Selon des déclarations de la Banque mondiale et plusieurs articles économiques, cette régulation a permis d'ajouter de l'ordre de 120 à 200 mégawatts de capacité aux centrales situées en aval sur la Sanaga — l'écart entre ces deux chiffres, selon les sources et les années, reste lui-même non expliqué publiquement.

L'usine de pied, en revanche, a connu un parcours nettement plus chaotique que ne le laissait supposer l'annonce initiale. Sa première turbine n'a injecté ses premiers mégawatts qu'en mai 2023 — un article économique de l'époque évoque explicitement « deux rendez-vous manqués » avant cette mise en service. La capacité totale de 30 mégawatts n'a été atteinte qu'au 2 janvier 2024, soit près de neuf ans après la mise en eau du barrage lui-même. En février 2024, le gouvernement annonçait encore devoir mobiliser 19 milliards de FCFA supplémentaires pour solder des arriérés de paiement dus aux entreprises intervenues sur le chantier.

Le volet électrification rurale, présenté comme l'un des bénéfices concrets du projet pour les populations locales, reste très en retard sur son objectif : selon les propos du directeur général d'EDC rapportés en 2026, une quarantaine de villages sur les 150 annoncés avaient été effectivement électrifiés à cette date — soit un peu plus du quart de l'objectif, plus d'une décennie après le lancement du projet.

Les travaux annexes se poursuivent également bien après la mise en service présentée comme acquise : en mars 2026, l'État procédait encore à l'indemnisation de 682 personnes affectées par la construction d'une ligne à haute tension entre Abong-Mbang et Bertoua, pour un montant de 291 millions de FCFA — après une opération similaire en 2023 pour une autre ligne moyenne tension. Sur le terrain, un reportage publié en juillet 2025 décrit des villages situés à proximité immédiate du barrage, comme Bandja, vivant dans des conditions d'enclavement sévère, avec des routes d'accès quasi impraticables — un constat corroboré par un autre article de janvier 2026 sur la dégradation avancée de l'axe Bertoua–Deng Deng–Lom Pangar, pourtant vital pour l'économie locale et l'accès au chantier.

Ce que l'on ne sait pas

Le coût total définitif du projet n'est pas établi de façon univoque dans les sources publiques disponibles — l'écart entre 240,9 et environ 300 milliards de FCFA n'a, à notre connaissance, jamais été expliqué officiellement. Le calendrier précis d'achèvement des 110 villages restant à électrifier n'est pas non plus public. Nous n'avons pas trouvé de bilan consolidé et daté de l'ensemble des indemnisations versées aux populations affectées depuis le début du projet, ni d'évaluation indépendante de la situation actuelle des communautés déplacées ou riveraines, au-delà de témoignages ponctuels de la presse. Nous avons sollicité Electricity Development Corporation (EDC) pour obtenir ces précisions ; cet article sera mis à jour en cas de réponse.

Statut

Sources

Cet article a été rédigé à partir de sources publiques disponibles en ligne. Il sera corrigé ou complété si de nouvelles informations, notamment de la part d'EDC ou des autorités compétentes, viennent le préciser.
Achevée Infrastructure principale (barrage et régulation du fleuve) — opérationnelle depuis 2015
Retard important Usine de pied (30 MW) — pleinement opérationnelle seulement en 2024, plusieurs années après les échéances annoncées
En retard Électrification rurale (150 villages promis) — un peu plus d'un quart réalisé à ce jour
En cours Indemnisations et infrastructures connexes — toujours actives plus d'une décennie après le lancement
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